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Enfin un blog avec des vrais morceaux de socio dedans, des articles qui font du bien à l'intérieur et ça se voit à l'extérieur!
Le blog de David Peyron. Les analyses, refléxions et commentaires (multi-) médiatiques et culturels d'un doctorant qui travaille sur la "culture geek"
Enfin un blog avec des vrais morceaux de socio dedans, des articles qui font du bien à l'intérieur et ça se voit à l'extérieur!
N’importe quel amateur de série un peu avisé vous le dira, Hollywood côté télévision traverse une crise grave. Non ce n’est pas (seulement) une crise économique, mais une crise de créativité et d’inventivité. Les séries sont moins bonnes qu’il y a encore quelques années, les nouveautés se plantent quasiment toutes et les valeurs sûres résistent mais sont loin de leur audience passée. Cette rentrée a été catastrophique pour les chaînes américaines, Les Experts restent la série la plus regardée mais avec une grosse perte d’audience par rapport à leur plus haut (environ 15/16 millions de téléspectateurs pour Las Vegas alors qu’au paroxysme de sa gloire on était autour de 25 million). Grey’s Anatomy s’effondre, Lost s’est stabilisée bien en dessous de ses moyennes précédentes, Desperate Housewives plus personne n’en parle, Heroes s’enfonce un peu plus dans la médiocrité chaque année et Prison Break va s’éteindre dans l’indifférence générale.
Quelques séries tirent encore leur épingle du jeu : The Mentalist, série policière sur un enquêteur aux capacités d’observation et de manipulation psychologique hors du commun, fonctionne bien, c’est la seule nouveauté à pouvoir le dire. Les sitcoms, elles, s’en tirent pas mal, How I Met Your Mother s’en sort plutôt bien, Big Bang Theory et Mon Oncle Charlie de Chuck Lorre marchent fort, mais Ugly Betty s’arrête. Et NCIS semble être la seule des valeurs sûres à ne pas trébucher.
Et puis sur le câble certaines font de la résistance, Dexter, Battlestar Galactica, ou Monk (mais ce dernier en est à sa dernière saison). Tandis que d’autres même si elles fonctionnent encore assez bien tombent dans une surenchère qui sent la fin : exemple type Nip/Tuck, qui a été quelques saisons la meilleure série du câble et dont la dernière saison est une ambulance sur laquelle Lee Harvey Oswald aurait tiré plusieurs balles magiques.
Alors une fois que l’on a fait ce constat, il faut essayer de comprendre ce qui se passe. Déjà il faut comprendre pourquoi ça marchait avant, j’en ai parlé plusieurs fois dans ce blog mais résumons : Des séries grand public sur les grands réseaux (ABC, CBS, NBC, FOX) qui malgré leur aspect parfois aseptisées avaient réussi à tenir en haleine les spectateur et le cable, inspiré par le modèle HBO (qui n’a plus produit grand-chose de bien depuis quelque temps, à part peut-être True Blood), qui tentait des chose, innovait et allait très loin dans la violence, la dénonciation politique, la recherche esthétique. Avec cette association le cinéma était à la ramasse et toute la presse titrait sur le renouveau des séries venant d’outre Atlantique.
Alors que s’est-il passé ? Les raisons invoquées sont légion : grève des scénaristes qui aurait détournée les gens de la télévision pour les voir revenir vers le ciné (il est vrai que celui-ci se porte étonnamment bien dernièrement). Arrivée promise d’Obama au pouvoir qui aurait fait que les scénaristes (quasiment tous de gauche, Mark Cherry étant l’une des rares exceptions) ont moins de morgue dénonciatrice attendant de voir ce que Obama va faire du pays. Crise économique qui ferait que les chaînes sont plus frileuses à l’innovation préférant miser sur la télé réalité en plein retour…
Moi je pense que le déclin est plus ancien, il a commencé déjà depuis quelques temps, et je dirai simplement que c’est la fin d’un cycle. Dans toute leur histoire
les séries américaines ont toujours fonctionnées par cycles, cycles de qualité, de quantité et de thématiques et là nous sommes en fin de cycle, ce qu’en histoire de l’art on appellera une
période baroque. Le baroque est une période de l’histoire de l’art notamment Italien qui a eu lieu en fin de renaissance, mais on l’utilise aussi comme un adjectif pour qualifier un moment où des
canons, des modèles artistiques sont si exploités qu’on en retire toute substance ne faisant qu’étirer, déformer, des éléments déjà existant.
Il existe en vocabulaire séristique une expression assez connu aux Etats-Unis pour qualifier ces moments, et qui se rapproche énormément de la définition du baroque : c’est « Jump The Shark ». Cela fait référence à un épisode de la série Happy Days, à la toute fin de la série, les scénaristes ne savaient plus quoi inventer pour continuer d’étirer le show et produire encore et toujour de nouveaux épisodes. Lors de cet épisode Fonzie le héros cool de la série participait à un concours de sauté de requins en ski nautique. Ce fût un moment marquant de la télévision américaine, chacun se disant que vraiment cette fois c’était allé trop loin et l’expression est restée comme le moment où une série passe un cap dans l'étirement inutile de l'intrigue pour continuer à exister. Il existe même un site où on peut voir si sa série favorite est considérée comme ayant sauté le requin c'est-à-dire, ayant fini son âge d’or pour ne faire plus que ressasser ses formules sans innover, les étirant pour en faire des moments attendus et sans surprises, ce qui au début plait aux spectateurs mais rapidement les lasse. On peu retrouver de nombreuses référence à cette expression de la pop culture des Etats-Unis, quelques exemples en vrac : Dans Arrested Development, une sitcom très réussie produite par Ron Howard (Richie dans Happy Days) joue Henry Winkler (Fonzie dans Happy Days, le proviseur dans Scream, et le créateur de la série Mac Gyver, si je vous jure !). Il joue un avocat et lors d’un épisode il explique qu’il doit partir parce qu’il va être en retard pour sauter le requin. Autre exemple, un épisode de la dernière saison de X-files se nomme Jump The Shark, référence à la fin proche de la série. Un dernier pour la route dans la saison 8 des Experts : Las Vegas, le capitaine de police explique l’expression à un Grissom dubitatif, vous pouvez continuer à chercher il y’en a plein d’autres.
Tout ça pour dire que je pense que ce n’est pas une série mais toute l’industrie qui a Jump The Shark, qui est dans un moment où elle n’a pas encore su trouver de nouvelles formules tandis que les anciennes commencent à lasser les spectateurs, mais aussi les scénaristes qui sont encore plus frustrés et donc écrivent plus mal, et c’est un cercle vicieux. La révolution des années 2000, enclenchée pour résumer par Les Experts et la vague de séries policières très esthétisantes et peu feuilletonantes sur les grandes chaines et par les séries au propos osé sur le câble, tire à sa fin et il va falloir trouver autre chose. On voit déjà poindre un retour des séries fantastiques qui vient contrebalancer l’hégémonie du policier qui a régné récemment (comme ce fût le cas du milieu des années 70 au milieu des années 80 alors que la période suivante jusqu'à la fin des années 90 fût de nouveau une période plutôt fantastique). Mais aucune série ne s’est imposée comme emblématique, et je crois que c’est ça la clé du renouveau : une ou deux séries emblématiques, Friends et X-files furent les séries des années 90. Les Experts, et Nip/Tuck celles des années 2000, il va falloir (et ça viendra mais il y aura encore un peu de vide entre temps, car l’ancien cycle n’est pas tout à fait mort) trouver celles des années 2010…Personnellement je compte beaucoup sur Joss Whedon pour ça, mais les paris sont ouverts, le problème de ces cycles courts c’est qu’on finit toujours à l’essorage (ah ah ah jeu de mot !)… à suivre.
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