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Vendredi 12 janvier 2007

Sur France 5 il y a une émission que j'aime beaucoup. Elle se nomme J'irai dormir chez vous. C'est une série de documentaires dans lesquels Antoine de Maximi, une sorte d'aventurier, va dans le monde entier (ainsi qu'en France) et tente de rencontrer des "vrai gens" les habitants des petits villages, les commerçants, loin des sites touristiques. Et comme le nom du programme l'indique, il tente de se faire inviter chez eux avec un culot assez énorme. Comme on peut s'y attendre, c'est souvent les personnes les plus modestes qui acceptent de l'accueillir. On découvre ainsi des personnages hauts en couleurs plein de gentillesse et de générosité en Inde, au Chili ou encore au Mont Saint Michel (Antoine squattant chez le prêtre du Mont c'est quelque chose à voir).

 

 

Cela permet des rencontres improbables, des refus insurmontables, des lieux de couchages ineffables, et des situations inracontables. Dans une démarche quasi ethnographique, notre aventurier, qui parle à peine anglais, arrive sans aucune préparation à voyager dans les coins les plus reculés du monde et à y croiser hors des sentiers battus les habitants les plus ordinairement extraordinaires. Si toutes les tentatives du protagonistes pour arriver à dormir chez l’habitant sont vraiment très drôles, il y à des discussions qui si elles sont passées inaperçues dans les autres médias me paraissent très intéressantes. Une en particulier a retenu mon attention. Antoine de Maximi est au Chili. Il n’a rien prévu, évidemment, et se retrouve errant dans les rues d’une ville moyenne à la recherche d’un logement quelconque. Il finit par croiser un vieux boulanger et sa femme. Après un long moment durant lequel l’étrange visiteur affublé de ses nombreuses caméras essaie de négocier pour avoir un petit coin où dormir, le commerçant accepte.

 

Le lendemain matin, les deux hommes déjeunent ensemble (le Chilien doit être le seul boulanger du monde à se lever à dix heures). Pour faire la conversation, Antoine de Maximi demande si la dictature de Pinochet n’était pas trop dure. Le boulanger regarde le reporter, le dévisage longuement et lui dit que lorsque Pinochet à lancé son coup d’état c’était le plus beau jour de sa vie. Allende avait été élu démocratiquement grâce à ses diatribes d’extrême gauche qui avaient touchés les plus pauvres. Pour quelqu'un de classe moyenne comme le boulanger rencontré cela avait été la catastrophe. A l’époque il était épicier. Malheureusement pour lui, Allende avait décidé de nationaliser la distribution de nourriture et son magasin a été réquisitionné. Il s’est retrouvé à la rue tandis que des fonctionnaires reprenaient la boutique. Lorsque Pinochet est arrivé il a enfin été possible qu’il récupère un emploi, étant ruiné (oui car il n’a touché aucune indemnisation) il n’a pu racheter le fond de commerce d’une épicerie. Il s’est donc lancé dans la boulangerie, en utilisant une partie du cabinet de son beau frère dentiste comme boutique. Il explique donc à un Français stupéfait, élevé dans le culte d’Allende, qu’il était ravi de l’arrivée de la dictature militaire. Il ajoute que, bien sur, ensuite, il à déchanté, devant des disparitions, les tortures, l’abolition de la liberté de la presse... Il ne chante pas les louanges de Pinochet et ne cautionne pas la violence de la dictature mais il avoue comprendre ceux qui ont soutenu le vieux dictateur jusqu’au bout.

 

 

Je ne cherche absolument pas à juger ce discours. Mais J’essai de garder l’esprit ouvert. Ce que je trouve particulièrement intéréssant dans ces paroles, c’est qu’elle ne sont pas, mais alors pas du tout politiquement correctes, et cela me plait. C’est un discours que l’on n’entend jamais, en tout cas je ne l’avais jamais entendu personnellement. Cela me rappelle de nombreuses choses. Tout d’abord que tout n’est pas blanc ou noir, que dans la vie tout est nuance, informations contradictoires et manipulations. Je ne m’étais jamais interrogé sur le coup d’état du 11 septembre 1973. Comme Janvier 1933, c’était pour moi la date de la chute d’une démocratie pour une dictature sanguinaire. Comme une bombe qui exploserait un beau matin sans que rien ne le laisse présager. Ces paroles me rappellent que Hitler a été élu et que donc Pinochet a été souhaité. On a crée au fil du temps une hagiographie d’Allende qui nous a conduit à le considérer comme un martyr sans s’interroger sur le régime qu’il dirigeait.  C’est d’autant plus troublant que le boulanger Chilien n’est visiblement pas un gros capitaliste, un chef d’entreprise pour qui le socialisme peut évidemment être une grande menace. Non c’était un petit commerçant, pas dans les plus pauvres, ni dans les plus riches. Il n’est pas non plus manichéen, il ne dit pas que Pinochet c’était mieux qu’Allende sur le long terme (certains membres de sa familles ont disparus), mais plutôt que le général représentait pour lui, au début, un espoir. Plus de trente ans après, c’est la première fois que je peux entendre de telles paroles à la télévision, et il faut que cela passe par un documentaire amusant sur un squatteur international, dont l’ambition de rencontrer « les vrais gens » me semble déjà un peu démagogique.

 

 

Diaboliser Pinochet et son accession au pouvoir fait donc oublier, qu’il a été voulu par certains, diaboliser l’horreur permet de la mettre du coté des tabous et de l’indicible et donc de ne pas en parler. Mais quel était le régime politique avant Hitler ? Quelle était la manière de gérer le pays d’Allende ? Qu’est ce qui explique profondément une dictature? Bien sur certaines personnes qui lisent un peu et qui ont un esprit critique aiguisé savent que tout n’est pas simple. Ceux qui connaissent Hanna Arendt savent que le totalitarisme n’apparaît pas comme un lapin dans un chapeau, mais tout le monde n’est pas ainsi, et il faut donc continuer le combat contre la simplification et l’érection de symboles réducteurs (on pourrait penser aussi a Che Guevara dans le genre symbole déshumanisé qui est devenu "cool" alors que l'homme n'était pas très marrant). Je ne crois pas que j’aurais aimé vivre sous le régime d’Allende, est-ce un crime de la dire ? Je ne crois pas car j’aurais encore moins aimé vivre dans celui de Pinochet, les deux ne sont pas incompatibles, la véritable utopie n’est-elle pas que tout soit possible plutôt que de devoir choisir un camp dans un extrême ou dans l’autre. Méfions nous de l’oubli et du manichéisme.

 

Mais cessons aussi de parler d’Hitler et de la seconde guerre mondiale qui est utilisée à titre d’exemple un peu trop souvent. Le discours du Boulanger me rappelle autre chose de beaucoup plus actuel. Un certains Hugo d’Amérique du sud, me fait penser à Allende. Même tendance d’extrême gauche, même tentatives de renversement militaire (sauf que pour ce dernier cela a raté), même amour du petit peuple alors que les classes moyennes et riches le détestent. Hugo se sert du pétrole pour faire tenir une politique économique intenable (des usines de chaussures nationalisés qui produisent pour l’état, qui ne sait plus quoi faire de ses chaussures, et qui ont une productivité quasi nulle). Hugo (appelons le Hugo C., pour conserver son anonymat) est en train de s’imposer en symbole des néo-non alignés, face aux Etats-Unis. Alors la seule réponse au libéralisme extrême d’un certain Georges est le socialisme pétrolifère d’Hugo ? Et ces deux là représentent-ils vraiment leurs pays ? Les symboles sont dangereux décidément, je n’aimerai ni vivre dans un pays dirigé par Hugo ni dirigé par Georges…Alors peut-être que moi aussi j’irai dormir chez vous….à suivre.

 

Par David - Publié dans : Autres médias/télévision hors séries
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Commentaires

Quelle idée ..
Commentaire n°1 posté par Karine le 27/01/2007 à 22h23

C'est un compliment ou une critique?

Réponse de David le 27/01/2007 à 22h36
J'ai apprécié votre analyse sur la réaction du boulanger  Chilien.Moi aussi je regarde cette émission d'Antoine anti-club med et cette séquence avec le boulanger m'a fait prendre conscience de beaucoup de choses.
Notament un discours gauchisant qui voudrait que tous ces régimes marxistes léninistes auraient apportés la liberté pour les peuples , ce qui est faux.
Commentaire n°2 posté par ferrador le 25/02/2008 à 20h13

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