Bienvenue dans la matrice photographique :

Publié le par David

 

Profitant d’une courte pause dans le travail universitaire (et après deux mois sans publication pour finir un mémoire, mais bon je n'ai jamais eu autant de visiteurs qu'en ne publiant rien), je me permet de vous livrer ici une réflexion que je me suis faite sur un quai de gare en attendant un train (soit dit en passant, les transports en commun sont pour moi une source relativement féconde de temps de réflexion).

 

 

Sur ce quai donc, j’y ai vu deux jeunes filles se prenant en photo à l’aide de leur téléphone portable. Ce n’est pas la première fois que j’en vois évidemment, et le phénomène dont je voudrais vous parler est valable aussi pour la plupart des appareils numériques. Le grand Pierre Bourdieu à très bien décrit dans son ouvrage Un Art Moyen, la manière dont chacun se met en scène lorsqu’il prend ou pose pour une photographie de manière à ce que le cliché ressemble à l’idée que l’on se fait d’une photographie. Aujourd’hui ses réflexions sont toujours valables, mais avec l’apparition du numérique de nombreux réajustements se sont faits et ont été étudiés, mais je n’ai rien lu sur ce que je voudrais mettre en avant ici. En effet avant, au bon vieux temps de l’argentique roi, une des caractéristiques du moment, de l’instant photographique, était le bruit caractéristique que faisait le « petit oiseau » en sortant. On savait que c’était à ce moment là que la photo était prise, que si l’on faisait une grimace simultanément à ce « clic » caractéristique on avait gâché le moment. Ce petit son d’obturateur s’ouvrant et se fermant était semblable au clap dans le domaine du cinéma, un moyen de synchroniser le moment.

 

 

Or, avec le numérique il n’est point besoin de ce son puisque aucun mécanisme physique n’est à l’œuvre, tout est affaire de calcul par la puce électronique et de stockage sur une carte en code binaire. Pourtant, et c’est ce que j’ai clairement entendu un nombre incalculable de fois et cette foi encore sur le quai de la gare, lorsque nous prenons des photos numériques, l’appareil imite le cliquetis de l’ancienne technologie. Nous sommes donc en plein simulacre façon Baudrillard. On pourrait utiliser n’importe quel son pour signaler le moment de la prise de cliché, mais la plupart du temps c’est bel et bien à une simulation des appareils photographiques classiques que nous avons affaire. Alors que le son était un impondérable que les brillants ingénieurs des firmes photographiques ont tenté depuis les débuts de cet art moyen de diminuer au maximum (il fallait entendre les premier appareils, et je vous passe l’explosion de phosphore du Daguerréotype…), ici il est amplifié pour signifier le fait que le cliché soit enfin pris. Avons-nous besoin pour savoir que nous prenons un cliché d’entendre ce petit bruit ? Tout ce passe comme si nous avions besoin de garder un référent mécanique, physique, pour ne pas être trop dépaysé par le changement. Alors de ce point de vue le simulacre serait une sorte de phase de transition, de passage, pour habituer nos esprits à une autre manière d’aborder la technologie que celle que nous connaissons depuis plus d’un siècle. D’ailleurs si on y réfléchit bien nous pouvons retrouver couramment dans les nouvelles technologies ces imitations simulées de choses devenues obsolètes et inutiles, purement formelles en terme de mise en scène de soi dans une situation ancienne abordée de manière nouvelle. On peut penser par exemple aux sonneries de téléphones portables dont certaines rappellent les plus anciens téléphones (le fameux driiing !) que nous n’utilisions déjà plus bien avant l’apparition des cellulaires. Cherchez bien, des exemples de ce type sont légion.

 

 

Il semble que nous ayons donc besoin pour aborder la nouveauté en quelque sorte de cadres sensoriels  déjà intériorisés (et il faut entendre cadre au sens Goffmanien du terme -oulah trois références sociologiques pour un court article ça fait beaucoup- c’est-à-dire moyen de créer les bornes sociales d’un moment donné quasi ritualisé). Je vous avoue que je n’ai pas d’explication globale, ma réflexion sur ces questions est naissante et je vous la livre telle quelle mais il me semble qu’elle pourrait aboutir à des interrogations intéressante sur notre société et son évolution, peut-être manque-il juste un déclic !...à suivre

 

 

 

 

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tshirtman 28/06/2007 21:01

Oui moi aussi j'ai tiqué sur ce bruit (qui est souvent assez affreux en plus). Et je le trouve d'assez mauvais gout, Ce qui est étonant c'est que c'est apparus après les premiers téléphones/apn et surtout longtemps après les premiers apn grand publique (Je pense que les apn pros n'ont pas et n'aurons jammais ce genre de mauvais gadgets). Le fait que cela soit apparus après peut signifier que c'est une demande (pas forcement de ce bruit mais au moins d'un bruit), après s'agit il de l'idée d'un technicient marketing sous emphétamines, ou d'une réel demande je ne sais pas... En tout cas le mal est fait... (et le seul avantage qu'on peut y voir est pour un paranoïaque, de savoir que l'ont saura si on est photographié). Je pense aussi qu'il y as une certaine tendance a utiliser des points de repères anciens pour aider a assimiler la technologie... Mais je pense que c'est une fausse bonne idée, d'abords par ce que le fonctionement n'est jamais identique (ou alors il faudras m'expliquer ou est la nouveauté) et que cela peut donc entrainer des confusions, et ensuite parce que cela peut brider l'innovation (on reporteras souvent sans réfléchir les limitations d'un concepte dans son pendant numérique, créant ainsi des limitations purement fictives a notre technologie, ou a son utilisation).Je suis sure que la plupart des gens se passerait bien (volontier) de ce bruit, pourvu qu'on leur mette un sembalant d'animation a l'écran, le temps de l'enregistrement de l'image.

David 28/06/2007 22:16

tu m'apprend que ca n'existait pas au début et ca ne fat que confimer mon idée que comme tu le dit c'est un point de repère ancien pour une technologie nouvelle qui est un pur gadet sans interet, ca pousse aussi je suis d'accord avec toi a se poser des question sur la manière dont on pense les nouvelles technologies, c'est que pour innover veritablement il faut s'affranchir du passé (sans le renier bien sur) et ce genre de chose l'empeche et bride l'imaginaire et les possibilités offertes, cela veut dire aussi que ce n'est pas parce que c'est récent que l'utilisation n'est pas réactionnaire, et il faut se méfier de ça. COmme tu el dit encore une fois il faudrai reflechir a d'autre moyens de signaler la photographie plutot que de s'accrocher a ces signes du passé, mais peut etre que c'est une transition et qu'on y viendra