Bienvenue!
Enfin un blog avec des vrais morceaux de socio dedans, des articles qui font du bien à l'intérieur et ça se voit à l'extérieur!
Le blog de David Peyron. Les analyses, refléxions et commentaires (multi-) médiatiques et culturels d'un doctorant qui travaille sur la "culture geek"
Enfin un blog avec des vrais morceaux de socio dedans, des articles qui font du bien à l'intérieur et ça se voit à l'extérieur!
Voilà la rentrée et il est grand temps de faire un bilan des films de l'été. Bien sur ce bilan est très sélectif car je ne retiendrais que deux films, mais ils me semblent révélateurs d'une nouvelle étape dans le diffusion et l'exploitation commerciale de la culture geek. Mais commençons par un petit détour.
Dans mon mémoire, j'explique que dans la constitution de cette culture geek, cette culture de fans de d'oeuvres de genre sur différents médias ou supports il y a jusqu'à présent deux étapes. La première est celle des origines avec des oeuvres fondatrices qui ont attiré un certain public (mais aussi le grand public) vers des oeuvres immersives et très référencées. Les exemples type de cette fondation sont Le Seigneur des Anneaux pour la littérature et Star Wars pour le cinéma. Ce sont des oeuvres que se sont appropriés ces fans qui en connaissent le moindre détail et qui aiment à les explorer de manière multimédiatique au travers de jeux de rôles, jeux vidéo, bande dessinée, de leur propres fans-fiction, etc.
La seconde étape est lorsque les fans prennent le contrôle. En effet, les auteurs précédents se voyaient comme créateurs avant tout. Tolkien voulait créer une mythologie pour l'Angleterre et si Georges Lucas s'est grandement inspiré des sérials (des séries télévisées d'aventure à la mécanique proche des comics, feuilletonantes, avec des histoires continues et non pas des épisodes clos) de son enfance il ne se revendique pas véritablement comme un fan. Or une nouvelle génération d'auteurs que je nomme auteurs-fans s'affirme avant tout comme des passionnés, des membres de la communauté de fan avant d'être des créateurs. Les exemples types sont ceux de Quentin Tarantino, Peter Jackson ou encore les frères (et soeurs?) Wachowski qui avec leur film Matrix ont utilisé au maximum les possibilités de narration transmédiatique (le film Matrix Reloaded fait référence au jeu vidéo Enter The Matrix qui fait référence à l'un des court métrages Animatrix) initiés presque involontairement par les oeuvres fondatrices et leurs produits dérivés. Ces auteurs sont autant des passionnés que des artistes, ils fréquentent les forums de fans et se revendiquent geek. Ils assument même la part plus péjorative du terme geek et plus encore de sa sous-catégorie le nerd.
Là encore il faut faire un retour sur mon mémoire. Les termes geek et nerd sont nés dans les lycées américains pour désigner les bons élèves, des matheux boutonneux à lunette passionnés d'informatique et qui était au ban de toute sociabilité à part entre eux. De cet isolement social, le stéréotype nous explique que cela à dérivé vers une passion pour les autres mondes imaginaires dans lesquels on peut se plonger pour oublier son mal être. D'où leur passion pour les jeux vidéos du genre World Of Warcraft, les jeux de rôles et les films et séries de genre.
Et donc justement certains des auteurs-fans vont même jusqu'à mettre en avant le côté nerd (l'asociabilité, la timidité, l'isolement est plus l'apanage du nerd mais franchement la différence est ténue). Celui que je cite le plus souvent est Joss Whedon créateur de la série Buffy, mais aussi scénariste de Alien 4, il aime à expliquer que son oeuvre aurait été bien différente si son lycée s'était mieux passé. Il y a donc une affirmation de ce côté personne à part qui compense par l'imaginaire (créatif ou en tant que récepteur). Cela peut évidemment être une posture marketing pour justement attirer ces fans, qui sur leurs blogs, forums, fanzine, où autres supports se font relais (et leaders) d'opinion entre les producteurs et le grand public. Ils peuvent se dire (et c'est ce que certains disent) « oh ces gens sont comme moi mais ils ont eu juste la chance de réussir, » ce qui leur donne un capital symbolique (donc de sympathie) très fort. Bon c'est plus complexe que ça, parce que c'est tout de même l'oeuvre crée qui compte et beaucoup d'auteurs-fans restent inconnus et leur nombre n'augmente pas de manière exponentielle malgré le succès de certains, donc il semble bien qu'il y ait une part de sincérité dans cette nouvelle approche de la création.
C'est dans la dernière étape que le marketing, ou du moins le formattage, la récupération comme sait si bien le faire le capitalisme, entre en scène. C'est aussi ici qu'interviennent les films de cet été. Deux en particulier: Die Hard 4 et Transformers. Le premier qui raconte l'histoire du piratage informatique de toute l'Amérique et ou les seuls qui peuvent empercher la catastrophe sont Bruce Willis et un jeune hackeur asocial et timide, est probablement le film le plus geek que j'ai jamais vu. Tellement qu'en l'occurrence ça ne peut être qu'en grande partie une posture. On sent que les producteurs ont bien vu l'importance de cette génération de jeunes fans adeptes du net (comme par hasard c'est pour promouvoir ce film que Bruce Willis est allé « de sa propre initiative » sur un forum geek défendre cet opus). Il sont bien intégrés la logique qui à fait le succès de la nouvelle vague de séries télévisées américaines, créer pour une niche de public bien précise et qui seule comprendra entièrement le fond, n'empêche pas un succès public, au contraire. Ils multiplient les clins d'oeil à la culture geek, en présentant par exemple comme personnage secondaire un geek joué par Kevin Smith (l'un des auteurs fans les plus célèbre aux Etats-Unis , réalisateur de films de série B) qui vit dans sa cave couverte de posters de Star Wars et de jeux vidéos et de figurines de Star Trek. Et il y a bien sur le co-héros. Le jeune hacker, gringalet (qui lui aussi collectionne les figurines) qui finalement révèle son courage et participe à sauver le monde (oui les Etats-Unis c'est le monde vous aviez pas compris?). Le second film de cet été, très gros succès outre-atlantique est un film de robots de l'espace qui se battent pour récupérer une source d'énergie égarée sur terre. Rien que ce synopsis devrait faire rêver tout fan de série Z au scénario décomplexé de débilité. Et là encore une fois le personnage central est un jeune ado, qui bave sur les jolies filles que lui piquent les footballeurs musclés et traîne dans sa vieille voiture avec son meilleur pote, le VRAI nerd!
Les producteurs de ces deux films ne sont pas des auteurs fans, ni des auteurs qui ont crée sans se préoccuper de la communauté comme ceux de la première génération, ce sont donc des marchands bien avisés. Il font non seulement des films truffés de références geek mais aussi mêttent des geeks en scène comme héros du récit, celui qui finit par vaincre les méchants et gagner le coeur de la fille qui au début n'aime que les « mecs mignons avec des beaux pectoraux » (phrase extraite de Transformers ou notre nerd de héros se sent un peu seul d'un coup). C'est donc une nouvelle étape ou l'industrie à véritablement intégré ce public et pense ses films pour lui. Ces films mettent en scène la réalisation de tous les fantasmes du stéréotype du geek frustré. Aprés les oeuvres qui ne s'en préocuppent pas mais leur plaisent tout de même, les oeuvre qui s'en préoccupe parce que les auteurs en sont, là ce sont les films qui s'en préoccupe pour faire de l'argent... ça sent le sapin! Et oui, la culture geek est une mode comme une autre, qui perdurera après comme elle existait avant cette montée en puissance: de manière beaucoup moins voyante, mais il me semble que nous somme en train d'atteindre un paroxysme et donc tout ne peut ensuite que retomber, que ce soit en terme quantitatif comme en terme qualitatif.
Le geek tiens sa revanche, la belle blonde est folle de lui et ses capacités sont utilisées pour sauver le monde (auparavant dans les fictions il n'était qu'un personnage de second plan, bien utile au VRAI héros pour craquer un code de la CIA...) mais comme de tout on va se lasser du geek de premier plan et il retournera dans les limbes avant de revenir quelques années plus tard (car les modes sont cycliques). Pour l'instant le geek est le héros (je n'ai parlé que de films mais regardez les séries télévisées comme Heroes, ou la toute nouvelle série Chuck les geeks sont partout) et je pense que cela va durer encore un peu, cinq ou dix ans, mais nous sommes en train d'atteindre les sommets de la visibilité. Pour la qualité j'espère qu'a force de formattage marketing nous n'allons pas la perdre totalement (Transformers est un film de Michael Bay qui n'est pas vraiment connu pour sa subtilité de tout manière donc attendons les prochains films geeks pour juger), en tout cas la culture geek sort de cadre geek, c'est ce qui se passe pour tout phénomène de mode qui dépasse ses initiateurs et finit par se galvauder avant de leur revenir à nouveau dans un relatif anonymat et c'est donc forcément...à suivre
| Novembre 2009 | ||||||||||
| L | M | M | J | V | S | D | ||||
| 1 | ||||||||||
| 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | 7 | 8 | ||||
| 9 | 10 | 11 | 12 | 13 | 14 | 15 | ||||
| 16 | 17 | 18 | 19 | 20 | 21 | 22 | ||||
| 23 | 24 | 25 | 26 | 27 | 28 | 29 | ||||
| 30 | ||||||||||
|
||||||||||