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 Enfin un blog avec des vrais morceaux de socio dedans, des articles qui font du bien à l'intérieur et ça se voit à l'extérieur!

Jeudi 25 octobre 2007

Dans les sciences humaines et leur fonctionnement deux choses ont tendance à m'agacer. La première c'est le manque d'interdisciplinarité. Les disciplinent ne se parlent pas ou peu. Bien sur certaines sont liées par leur objet ou leur histoire et certains de leur concepts (sociologie/anthropologie, psychanalyse/anthropologie) mais cela reste rare et à part quelques classiques on ne connait pas assez les autres. Alors évidemment il est difficile de tout savoir (surtout que je pense qu'il faudrai aussi avoir des connaissances en histoire des sciences dites « dures »). Mais il serait parfois bon de se renseigner même superficiellement (internet est très pratique pour cela) sur ce qu'il se passe ailleurs. Cela donne des chercheurs qui expliquent la même chose avec le même angle mais avec un vocabulaire simplement légèrement différent dans des disciplines différentes et qui ne se parlent pas. Par exemple dans mon mémoire l'année dernière j'ai fais le lien entre les travaux d'Anne Besson une spécialiste de la littérature de genre qui étudie le plaisir que peuvent avoir les lecteurs a se plonger dans un monde imaginaire et certaines recherches très proches en sociologie et en sémiologie. Mais il semble pourtant que les choses s'améliore et que l'on revienne aujourd'hui à une certaine interdisciplinarité alors je suis optimiste.


Le second élément agaçant est lié au premier et comme celui-ci il est aussi assez logique mais tout de même parfois gênant. C'est le morcellement des sciences humaines. Être sociologue ne veut plus rien dire, à part qu'on a lu les deux ou trois grands classiques. Par contre on peut être sociologue de l'art, de l'immigration, de la famille... Encore une fois c'est logique, le monde dans lequel nous vivons est si complexe que sans ce morcellement il serai impossible a penser et nous passé l'ère des grandes pensées englobantes (la dernière était peut être celle de Bourdieu). Mais justement le monde est vaste et parfois le réduire dans un prisme si ténu est réducteur. Que se passe-t-il quand un immigré fait de l'art? Généralement c'est le sociologue de l'immigration va s'en charger mais il va donc analyser cela avec ses concepts et son bagage théorique. Il connaîtra peut être quelques ouvrages de sociologie de l'art, assez pour faire bonne figure mais pas assez pour tout ce que pourrai lui apporter cette sous-discipline et il va avant tout aborder la question par le biais de son domaine. Cela me pose ainsi souvent des problèmes, je (et on) me catalogue sociologue des médias. La sociologie des médias est une de ces sous-disciplines avec ses chercheurs, ses colloques et même ses sous-sous disciplines (sociologie des séries télévisées...). Le souci c'est que même si globalement je traite des médias de masse, la littérature tient une grande place dans mon travail tout comme les jeu de rôles, loin d'être un média et loin d'être de masse. Alors comment faire, ou me placer? Bien sur tout ceci ce n'est pas très grave mais souvent agaçant.


J'en viens alors au sujet de cet article (oui seulement maintenant et alors?). Comme souvent le thème de cette glose est inspiré de l'actualité et aussi de réflexions liées à mes recherches( et comme je regarde beaucoup l'actualité et que je recherche beaucoup, j'ai au moins trois ou quatre idées par jour, vous n'avez droit ici non pas à celles que je trouve les meilleures -je les réserve pour la thèse- et bien sur pas celles que je trouve mauvaises, ce blog est donc un blog moyen!). Aujourd'hui est tombée une dépêche AFP à propos du prochain vol de la navette Discovery. Elle expliquait que la NASA avait demandé à Georges Lucas (le créateur de Star Wars pour ceux qui vivraient dans une lointaine galaxie depuis 30 ans) de venir assister au lancement. Pourquoi? Parce que l'on fête cette année les trente ans du premier épisode de la saga et à cette occasion les ingénieurs et scientifiques ont voulu rendre un hommage au milliardaire habitant le Ranch Skywalker (dans la Lucas Valley, près du Lac des Ewok, ça ne s'invente pas!) Expliquant que Star Wars avait fait beaucoup pour la passion du grand public envers l'espace et aussi avait fait naître des vocations et inspiré la recherche scientifique depuis trois décennies. Ce n'est pas la première fois que les scientifiques rendent hommages à la science-fiction ou reconnaisse l'influence qu'elle a pu avoir sur leur travail. Il utilisent souvent un vocabulaire issu de ces ouvrages et films pour qualifier leurs découvertes. Je me souviens d'un hors série du magasine Ciel et Espace dans lequel étaient interviewés des chercheurs qui disaient tous être des dévoreurs de science-fiction. Et on peut citer parmi tant d'autres des termes tels que ansible ou cyberespace qui sont rentrés dans le langage scientifique et dans le langage courant et qui sont nés dans des ouvrages de grands auteurs du genre.


Pourtant les études de sociologie ou d'anthropologie des sciences ne parlent jamais de ces influences culturelles, de ces mythes fondateurs qui jouent sur la manière dont les scientifiques pensent la science et dont il forgent leur cadre interprétatif de la réalité. Il existe pourtant d'excellent travaux dans ce domaine. Je pense par exemple à La vie de laboratoire de Bruno Latour (probablement le sociologue français aujourd'hui le plus connu et reconnu dans le monde anglo-saxon grâce à sa théorie de l'acteur réseau ) et Steeve Woolgar. Cet ouvrage que toute personne qui s'intéresse un tant soi peu à la recherche scientifique (et qui aujourd'hui peut y échapper, notamment avec les polémiques autour du climat, des ogm, des nanotechnologies...) devrait avoir lu, montre comment les faits scientifiques ne sont pas simplement découverts comme s'ils attendaient comme un insecte qu'on soulève la pierre ou il se cache mais qu'ils en grande partie, produit, construit, ce qui remet quelque peu en cause l'objectivité tant louée des sciences dures (et sur les le modèle desquels Durkheim a voulu fonder la sociologie). Mais pas ou vraiment peu de traces de science-fiction dans ces travaux. Pourquoi? Parce que le sociologue des sciences à déjà beaucoup a dire et à faire à propos de la science proprement dite, il est alors complexe de s'intéresser au système de représentation du-dit scientifique (ce n'est absolument pas un reproche que je fais à Bruno Latour qui est est par ailleurs assez intelligent pour ne pas s'enfermer dans sa sous discipline et s'intéresse aux autres domaines). Alors que justement il serait à mon avis tout à fait productif de prendre en compte de ces influences culturelles, dans la production du fait scientifique et dans la manière dont les chercheurs vulgarisent leurs découvertes (la science-fiction comme médiation de la connaissance scientifique comme diraient Latour ou Antoine Hennion).


Ceci n'est qu'un exemple des possibilités offertes par le décloisonnent. Je suis le premier a avoir tendance à m'enfermer à donc ce reproche je me le fais en premier à moi même. Je suis actuellement en train de lire un ouvrage sur la santé publique, donc rien à voir avec mes recherches sur les geeks, sur les évolutions de la culture de masse contemporaine, sur les fans... Pourtant en y réfléchissant un peu, le stéréotype du nerd ou de geek est réputé avoir une mauvaise hygiène, ne pas se laver, ne pas se raser, etc. Il est donc considéré comme déviant, et qui dit déviance dit norme, je me suis donc dit en lisant le titre de l'ouvrage qu'il serait productif que je m'attarde sur les normes de santé dans les pays occidentaux (et donc à celle du rapport au corps, ce qui peut amener aux nombreuses et fort intéressantes études anthropologiques sur le rapport au corps dans le jeu vidéo...). Alors oui on en finit plus, et on n'arrête jamais d'élargir car en tirant un petit fil du social, la pelote entière finit souvent par venir, mais après tout qui à dit que j'avais envie d'en finir?... à suivre

Par David - Publié dans : Sociologie générale/méthodologie
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